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Se souvenir de l'abbé Nicolas

Le 2 octobre 1960, l’abbé Georges Nicolas est tué par un chauffard ivre à la sortie de Warzée. La disparition brutale de ce prêtre très estimé chez nous est durement ressentie. Le momument érigé à proximité des lieux du drame, endommagé par le temps, vient de subir une restauration de bon goût, à l’initiative de la commune d’Ouffet et de son bourgmestre, Marc Gielen (rh.72).

Qui était l’abbé Nicolas?

Titulaire de 5ème latine depuis 1943, il venait tout juste de succéder en septembre 60 à l’abbé Pierre Devillers comme titulaire de 4ème latine.
Georges Nicolas, né à Huy le 18 juillet 1919, ordonné prêtre à Liège le 4 juillet 43, avait été envoyé à Saint-Roch la même année. Son engagement scout le prédisposait à l’éducation des jeunes. Ses anciens élèves se souviennent bien de leur professeur qui s’évertuait à donner de l’attrait à la vie d’internat en organisant des séances de bricolage et qui mettait sur pied des camps de vacances à la maison militaire des Diablerets sur les hauteurs de Martigny (Suisse). Il avait aussi été chapelain dominical à Trou de Bra. Il restait proche de ses sœurs, spécialement de l’épouse de Michel Leclerc, professeur de violon au Conservatoire de Liège.
Je l’ai rencontré pour la première fois à mon arrivée à Saint-Roch en septembre 1954. Nous avons progressivement noué une amitié profonde. En juin 59, il m’a dédicacé un livre qu’il m’offrait par ces mots qui résument l’essentiel: «A un vieux frère qui se veut impayable. Pas tellement en reconnaissance qu’en amitié.» A sa mort, on a retrouvé son testament dans lequel il me demandait d’être son exécuteur testamentaire. C’est tout dire.
Après les funérailles émouvantes, je me suis porté volontaire pour reprendre le cours de religion en 4ème jusqu’à la fin de l’année. Ce fut ma manière de lui dire A Dieu.
Abbé Georges Jehenson



Un professeur-titulaire exemplaire !
Un ancien élève de 5ème latine témoigne…


Lorsque, dans la soirée du dimanche 2 octobre 1960, j'ai appris, par téléphone, le décès accidentel à Warzée de l'abbé Nicolas, je me souviens très bien avoir ressenti une très forte émotion; d'autant que j'avais été moi-même, un mois plus tôt, victime d'un accident de la route qui devait me mettre, alors que je comptais seulement une année d'enseignement à St-Roch, en congé de travail pendant plusieurs mois. Cloué au lit, je n'ai pu participer à l'immense tristesse collective qui venait d'envahir le Petit Séminaire; dans mon isolement forcé, j'ai eu tout le temps de me souvenir à quel point ce prêtre, ce professeur, cet homme avait compté dans ma vie. Aujourd'hui encore, je me souviens ...

En septembre 1959, alors que je venais d'être engagé comme enseignant à Saint-Roch, le Chanoine Mathijs, directeur à l'époque, me confia notamment le cours de mathématique en cinquième latine. C'est ainsi que j'ai retrouvé comme confrère l'abbé Nicolas qui avait été mon titulaire quelques années auparavant. Jeune professeur sans expérience, j'ai pu compter sur les conseils discrets mais combien efficaces de mes anciens titulaires d'humanités. Ceux de l'abbé Nicolas m'ont été particulièrement précieux; sa compétence, son dynamisme communicatif, sa patience, sa disponibilité, son attention à chacun de ses élèves qu'il connaissait parfaitement, j'ai retrouvé chez lui toutes ces qualités d'un maître authentique que j'ai redécouvert pour en avoir moi-même bénéficié lorsque j'avais été élève en cinquième latine.

L'abbé Nicolas a été, pour de très nombreux anciens, LE titulaire par excellence de la cinquième; il a en effet exercé cette fonction immédiatement après son ordination en 1943, donc pendant 17 ans. Tous ses anciens élèves dont il était si proche ont gardé bien des souvenirs de leur passage dans sa classe.

Les Chevaliers et les Paladins

Chaque année, l'abbé Nicolas divisait sa classe en deux groupes: les Chevaliers et les Paladins. Chaque semaine, en fonction des résultats, des progrès ou des reculs, des attitudes positives ou négatives des membres de chaque groupe, des points étaient attribués et totalisés dans un coin du tableau; l'abbé parvenait ainsi à créer dans la classe une saine émulation profitable à l'engagement dans le travail. A la fin de notre année scolaire, ce sont les Chevaliers qui l'emportèrent sur le fil et je n'étais pas peu fier d'en faire partie!

L'année de ma cinquième latine fut aussi celle de la célébration, en 1953, du 100e anniversaire de l'ouverture des humanités à Saint-Roch. Parmi les nombreuses manifestations organisées pour cette occasion, l'abbé Nicolas avait pris la responsabilité d'une grande exposition retraçant ce siècle d'histoire du collège; il y mobilisa tous ses élèves auxquels il avait confié des tâches bien précises. Certains doivent encore se souvenir de la maquette, patiemment réalisée, du Petit Séminaire tel qu'il était au 19e siècle.

Une tradition: la fête patronale du titulaire!

C’était un jour sacré! Suspension des cours, décoration de la classe, dîner spécial, promenade et discours de circonstance. En fouinant dans les archives de St-Roch, j'ai retrouvé une farde transmise par la famille de l'abbé Nicolas après son décès: l'abbé y avait classé, par ordre chronolgique, les speeches composés par les élèves et lu par l'un d'entre eux à l'intention du "cher Monsieur le Professeur". Ces textes parfaitement calligraphiés et signés par tous sont très signaficatifs de l'attachement, de l'admiration, de la vénération même manifestées à l'égard de l'abbé Nicolas. Le discours se terminait invariablement par un vibrant "vive monsieur le professeur" suivi du "chant des cinquièmes": "Quand la cinquième est là, il y'a d'la joie ..."

A cette époque, chacune des années d'humanités avait son titulaire-prêtre dont c'était la principale sinon unique fonction. Il y donnait la majorité des cours (religion, latin, grec, français, histoire, ...) et était disponible à ses élèves du lever au coucher, chaque jour de la semaine, sauf un dimanche sur deux, unique jour de sortie des internes (sauf en cas de retenue !). Des cours en cinquième, j'ai un excellent souvenir des premiers contacts avec un auteur latin dans le De Viris, des cours d'histoire, celle de l'antiquité grecque et latine, que l'abbé Nicolas avait l'art de rendre passionnants. Le soir, entre 6 et 7 heures, les élèves qui le désiraient passaient dans son bureau pour y recevoir des explications, des conseils et une oreille attentive aux petits et gros problèmes des adolescents que nous étions.

Excellent professeur, l'abbé Georges Nicolas était aussi et surtout prêtre engagé et homme de Dieu. C'est dans la messe quotidienne et la prière, qu'il partageait volontiers avec ses collègues, qu'il puisait son enthousiasme, sa bonne humeur contagieuse et son esprit de service, toutes choses qu'il savait communiquer à ses élèves au cours de multiples activités, religieuses et autres.

Ce triste jour d’octobre 1960, au retour d’une journée passée en famille à Huy, le destin allait arracher à Saint-Roch un des meilleurs enseignants de sa longue histoire…

Maurice Tromme (rh.57)


Quelques anciens, en juillet dernier, se sont donné rendez-vous pour apprécier la restauration du monument dédié à l’abbé Nicolas, à Warzée. A remarquer, sur ce site qui invite à la méditation, un banc de pierre à l’avant-plan: l’ancien seuil d’entrée de la grande salle d’étude, usé par le passage de milliers de potaches!

abbé G.Jehenson et M. Tromme

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