Saint-Roch Ferrières Saint-Roch Ferrières Photo Saint-Roch Ferrières

L'incendie du 7 mai 1964

Dans le n°1 des "Echos de Bernardfagne" de l'année scolaire 1964-65, on pouvait lire les récits des deux tragiques incendies qui ont anéanti plusieurs ailes du petit séminaire et qui ont marqué la mémoire de ceux qui les ont vécus.

Voici donc le récit de l'incendie du 7 au 8 mai 1964
tel que l'a vécu Claude GODET, élève de 5e Iatine


C'est le 7 mai 1964, jour de fête et de fancy-fair à Saint-Roch. La journée a été magnifique. Le matin, les professeurs, qui s'améliorent d'année en année, n'ont laissé qu'un but d'écart aux rhétoriciens. Finalement, ils se sont inclinés par 2-1. Tout le collège a assisté au match et chacun a apporté sa part d'enthousiasme. Puis, ce fut l'après-midi passée en famille, où se sont succédé jeux et tombolas. Dans ces jeux, l’un a sa place dans ce récit : les go-karts; un circuit bordé de bottes de paille, dessinait le contour d'une semelle dans la cour. Et quand les jeux cessèrent, on rassembla la paille dans le préau, près du réfectoire.

Saint-Roch était heureux tantôt, mais maintenant que nous dormons, le cri d'alerte est donné: le feu a attaqué le toit en «plasticlair» du préau. Les flammes ont grimpé à l'assaut du dortoir des "Anges gardiens" .. Elles ont pris la corniche, ont poursuivi leur conquête et se ruent dans la salle où dorment les quatrièmes. Par bonheur, un surveillant découvre l'envahisseur. Dix secondes et tout le collège est sur pied. Les grands, dont les bâtiments n'ont rien à craindre, forment une chaîne. Mais les bouches d'eau sont loin. L'ancien proviseur qui connaît la maison comme ses poches, dirige les opérations. Les petits, qu’on s’efforce de calmer, descendent de leur dortoir -celui qui surmonte la salle des "Anges gardiens"- sans rien savoir; mais à la nouvelle, réagissent par la panique bientôt réprimée par l'exemple des autres, ou par des actions pratiques comme celle de retourner évacuer leur chambrette. Mais bientôt, alors qu'un halo orange enveloppe les bâtiments menacés, les sixièmes sont conduits à l'infirmerie, d'où ils voient arriver les pompiers. Le temps de réciter une dizaine de chapelet en imaginant chose sur chose à propos de l'incendie, et des professeurs haletant nous pressent de foncer à la salle de gymnastique.
Malgré l'affolement, tout se passe en bon ordre. Toutes les classes sont là, sauf les grands, occupés à évacuer l'église ou les chambres et dortoirs menacés. Les matelas voyagent vers la salle de gymnastique, mais le flot d'étincelles qui s'éparpillent au-dessus de nous, fait sortir les élèves de leur second refuge. Déjà, plusieurs camions-pompes sont sur les lieux. Nous nous rassemblons dans un pré très grand, en face du collège. Une torche immense déploie ses bras de feu; les flammes, grandioses, montent en spirale, s'évanouissent, absorbées par les autres, puis réapparaissent, et crachent des flammèches tordues qui meurent dans le ciel noir et vide, ou bien elles secouent, s'affaissent, se redressent encore, postillonnent leurs étincelles et sont englouties par d'autres plus féroces encore. Ah! si les extincteurs étaient plus puissants, on aurait peut-être pu maîtriser le feu au départ, mais maintenant il est trop tard: l'ennemi avance à la conquête de Saint-Roch et l'armée de pompiers qui essaie de lui résister ne l'anéantira pas facilement.

En pyjama pour le «spectacle»…

Quelle nuit! Le réveil en sursaut, l'évacuation agitée, mouvementée, et maintenant le pittoresque tableau du brasier crépitant qui jette ses étincelles sur la foule des élèves, en pyjama pour la plupart, et qui se sont installés sommairement.

Les distractions ne manquent pas. Il y a les auto-pompes qui lancent leur pin-pon caractéristique et qui font une entrée triomphale entre les haies des garçons. Ensuite, surtout, il y a les étincelles qui pleuvent sur notre droite et qui, soudain, sont refoulées sur nous par le vent. Puis, ce sont les appels à ceux qu'on ne retrouve pas; les professeurs crient les noms, et, quand il ne leur parvient pas de réponse, c'est une chasse à l'homme pour tenter de retrouver l'individu perdu. Et, enfin, il y a le feu; les garçons lancent leur opinion d'ailleurs souvent exagérée car, si le feu ne faiblit pas d'intensité, il n'avance guère. Pourtant, d'après les dires, l'étude serait déjà atteinte.

Les parents arrivent…

Il est minuit. Des parents arrivent, anxieux, et fouillent chaque groupe pour retrouver leur fils. Après plus d'une heure d'attente, l'ennui commence à s'installer dans l'esprit des garçons qui ne voyent plus que toujours le même spectacle: le brasier et les auto-pompes qui arrivent.

Les pompiers en activité nous sont invisibles et nous préférons regarder les éclairs de chaleur ou la file des voitures que de tourner nos yeux vers l'aveuglant sinistre. Le même scénario se poursuit encore; des conducteurs bénévoles et la Croix-Rouge organisent l'évacuation des élèves. Les pompiers pour qui l'eau devient difficile à trouver, sont enfin maîtres de la situation, mais le feu n’est pas encore totalement éteint. Puis enfin, vers 4 h., alors que sur place, il ne reste plus que rhétoriciens et poètes, les effondrements et l'action des sapeurs ont maîtrisé généralement le sinistre. Cà et là, des poutres entretiennent encore des foyers que surveillent les pompiers.

Le lendemain, on annonce 25 à 30 millions de dégâts. Notons qu'à Radio-Luxembourg, on chiffre le nombre des victimes à dix alors que, grâce à Dieu, il n' y en eut aucune!

Claude Godet (5me latine)

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