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Que fais-tu dans la vie ? Joseph Desonay (65)



Elle en a marqué plus d’un, cette fameuse année à Banneux après le deuxième incendie. Joseph en était, mais ce n’est pas l’ampleur des dégâts dont il se souvient en premier lieu. Ce qui l’a surtout frappé, c’est la solidarité entre élèves : « je suis allé spontanément vider la chambre d’un copain de classe sans penser à la mienne ; c’est seulement des heures plus tard que je me suis aperçu qu’il avait eu le même geste envers moi .Puis il a fallu « émigrer » à Banneux, où nous avons eu l’occasion de vivre pleinement les principes du régime des aînés mis en place par l’abbé Jehenson ; ainsi, par exemple, on faisait étude sans surveillance ; cela se passait très bien et l’abbé Henrard (ah, le brave Père Henrard!) n’avait pas à se faire de soucis à ce point de vue.
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Joseph Desonay est arrivé à Saint-Roch après 3 années passées au Collège de Herve. La Troisième se passe sous la houlette de l’abbé Jacques Dechêne, la Poésie chez l’abbé Duysinx avec l’apprentissage du célèbre et bénéfique « Régime des Aînés » et finalement la Rhéto marquée par l’empreinte de l’abbé Jehenson.
Après Saint-Roch, il passe deux ans au Séminaire de Saint-Trond, où une des grandes difficultés se situe au niveau de la connaissance du Néerlandais. Les cours se donnaient alternativement dans les deux langues nationales, et comme le Néerlandais n’était pas son point fort…! «Mais, au bout de deux ans, je comprenais quand même assez bien.» (Ouf ! Ici, l’ancien prof de Néerlandais qui écoutait anxieusement, respire…)

Après quatre ans au Grand Séminaire de Liège, Joseph est engagé comme éducateur à Saint-Bar. Une expérience qu’il a beaucoup aimée, car, dit-il, « je n’ai jamais été professeur dans l’âme ; je suis plus attiré par l’éducation. Nous avions là un système très participatif à tous points de vue, jusqu’à la prise en charge du nettoyage qui se faisait avec les élèves, par manque de personnel. C’est là que j’ai pu apprécier pleinement tout ce que le «régime des aînés» m’avait apporté».
Joseph faisait la navette entre Clermont et Liège et quand sa maman est tombée malade, il a eu, de la part de son évêque, la proposition de devenir curé à Julémont, ce qui lui épargnerait bien des trajets. En 1981, il devient curé de Battice, puis les paroisses se sont ajoutées les unes aux autres et finalement l’an dernier il a été nommé doyen de Visé.

Ce n’est pas une mince affaire. Pensez donc : un doyenné qui commence à Lanaye et s’étend le long de la Meuse, comme une banane, jusqu’à Cheratte et Herstal. 11 paroisses à gérer et à connaître avec l’aide d’un vicaire à mi-temps et 3 prêtres malades ou âgés. Des mentalités tellement différentes d’une communauté à l’autre qu’il n’est pas possible de vouloir chercher une pastorale identique pour toutes.

Comment ta vocation est-elle née ?

« Je ne sais pas dire un moment précis, c’est quelque chose qui a grandi en moi ; à 12 ans je le savais déjà, puis, à l’adolescence, il ne fallait plus trop qu’on m’en parle ; petit à petit, à partir de la 3e, 4e, j’ai commencé à en parler .En Rhéto, je savais que j’allais entrer au séminaire et les copains le savaient. Un moment important était la retraite de Rhéto, plus profonde et marquante. »

Des moments privilégiés à Saint-Roch ?

En Rhéto, nous avons créé une pièce à l’occasion de la Saint Jean Chrysostome. Nous y imitions les profs. Une réussite, grâce à la mise en scène de Jean-Marie Ruwet, spécialiste en la matière.

Et dans ta vie de prêtre ?

Je suis allé travailler avec des jeunes de chez nous, en Afrique et en Inde où nous avons eu des contacts avec ces gens très pauvres et en même temps très ouverts. Il y avait dans notre équipe un jeune pas motivé du tout, en difficulté familiale et sociale. A notre retour, nous sommes allés dans différentes paroisses présenter notre expérience. Un Monsieur lui demande après l’exposé : «Toi, qu’est-ce que ça t’a apporté ?»
«J’ai rencontré des jeunes de mon âge, heureux d’apprendre et qui faisaient des sacrifices pour pouvoir aller à l’école tandis que moi, je peux faire ce que je veux et je n’en ai pas envie. Depuis que je suis revenu, j’ai comme but de réussir».

Quelqu’un, une personnalité spirituelle qui soit un exemple pour toi ?

Joseph réfléchit longtemps et je me demande si j’ai bien fait de poser la question, puis :
«Non, je ne vois pas. Je suis plus attiré par des personnes concrètes, qui vivent au mieux ce qu’elles ont à vivre… Ou alors, il y a Sainte Thérèse de Lisieux, marquée par la miséricorde de Dieu.»
Réponse qui souligne la personnalité discrète et forte de Joseph.
Nous aurons la joie de le voir célébrer pour nous la messe de nos prochaines retrouvailles de novembre. Et je suis sûr que, sans papier, il nous dira les paroles que Dieu nous destinera ce jour-là.
Eloi Magnette


Repères :

> Né à Clermont le 21 juillet 1947.
> Fils de « petits » fermiers.
> Humanités à Herve et Saint-Roch.
> 2 ans au Séminaire de Saint-Trond puis 4 au Séminaire de Liège.
> curé à Julémont puis à Battice.
Depuis 2004, Doyen de Basse-Meuse.
> Et enfin : Vu sur RTL à l’occasion des JMJ !


(Ce qi suit peut passer sur une page suivante, en complément…)

Joseph , prêtre d’aujourd’hui.

« La tâche est tellement importante qu’elle est quasi impossible ; mais on ne nous demande pas de sauver le monde ; on me demande de faire ce que je peux et, dans la foi, je me dis que c’est Dieu qui sauve le monde ; je ne suis qu’un instrument et à travers moi, c’est Dieu qui sauve la personne qui se trouve devant moi.
L’évêque nous a demandé un changement important : quand j’étais enfant, le prêtre était au milieu de la paroisse, connaissait tout le monde, visitait les gens, était le pasteur au milieu de son troupeau ; maintenant, l’évêque nous demande d’être des itinérants. Je me comparerais volontiers à l’apôtre Paul qui allait de communauté en communauté. Je passe une fois par mois dans chacune de mes 11 communautés. J’y vis les rencontres que je peux vivre et quand je suis passé, je me dis : «Maintenant, c’est semé et c’est à eux de vivre ; s’ils ont besoin de moi, ils savent où me trouver». Je suis un itinérant auprès de gens qui ont un engagement. Mais cela ne veut pas dire qu’on doit perdre la relation avec les autres.
Les homélies que je fais sont préparées de la même façon pour toutes les messes (jamais par écrit); je développe les mêmes idées d’une communauté à l’autre, mais avec des mots différents et je me dis: «Seigneur, c’est toi qui leur parles». Il arrive que, quelques semaines plus tard, quelqu’un me dise: «M. le Doyen, ce que vous avez dit là, c’est vraiment pour nous.» Je l’ai dit là et pas dans une autre communauté. Cela me fait penser: «Le Seigneur se sert de moi, ce n’est pas moi qui suis maître, même si c’est moi qui parle».

Quelques jours après notre entrevue :

«Allô, Joseph.. J’ai oublié de te demander des nouvelles de l’orgue de Saint-Roch.»
Réponse : «Il est installé dans la collégiale de Visé, à droite de l’autel où il sert pour toutes les messes et tous les enterrements, c’est-à-dire presque quotidiennement. Il est en bon état et nous est très utile. Le vendredi, certains élèves de l’Académie de Musique reçoivent des cours sur cet orgue. Je crois que l’instrument est apprécié et bien entretenu. Cela fait pour moi un petit lien avec St-Roch..»




Eloi Magnette

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