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Géra. Lepuits (rh.96), neuropsychologue

Que fais-tu dans la vie ?

Carte d’identité


Géraldine Lepuits, 28 ans, née le 24/10/1978 à Liège.

Famille :
Suzanne Delhez, professeur de Français et de Religion.
Christian Lepuits, professeur de Latin puis d’Etude du Milieu à St Roch, récemment loué pour ses bons et loyaux services.
Quentin Lepuits, mon frère, ancien élève à St-Roch, décédé en décembre 1997.

Etudes :
Licenciée en sciences psychologiques et agrégée de l’enseignement secondaire supérieur.

Travail :
Neuropsychologue dans l’Unité de Revalidation Neuropsychologique pour adultes (service de Neurologie) du CHU de Liège depuis 2002.

Situation « matrimoniale » :
Je partage ma vie avec Jack, à Liège.

Voyager avec Saint-Roch…

Originaire de Hamoir, un village à forte concentration professorale -jusque dans ma propre maison, faut-il le rappeler-, Saint-Roch a d’abord eu une influence logistique sur mon existence. Extraits : « Je pars avec Léon (Ernst) et je reviens avec Michel (Duysinx)… Ah mais non, aujourd’hui c’est mercredi, donc je pars avec Gérard (Stoffels) et je rentre avec Philippe (Collard) » ou encore « m…, il est 15H52, papa ne m’a pas attendue, j’vais devoir prendre le bus ».

L’influence s’est heureusement rapidement élevée vers d’autres sphères, St Roch nous initiant à une certaine ouverture d’esprit, aux découvertes et quelquefois aux plaisirs sensuels lors des traditionnels voyages qui, comme chacun sait, forment la jeunesse. Images : « Bruxelles en 1ère année. Voyage en car pour rejoindre la manifestation des enseignants. Georges Dumont aux barricades. Jean-Marie Deroanne court-circuitant le cortège pour étancher sa soif. », « Paris en 2ème année. André Baijot buvant un verre de vin blanc à Pigalle. Mon père sur le célèbre carrousel devant Montmartre, le front ceint d’un foulard Che Guevara », « Londres en 4ème année. Partage d’une bière – oui, je crois bien – avec Mathieu Bonten après la comédie musicale ‘Starlight Express’ », « La Turquie en rhéto. Philippe Poncin se réchauffant avec nous en dansant et en trinquant au Raki, perdus que nous étions dans une auberge sans chauffage au fin fond de la Cappadoce, sur notre route après Istanbul, avant Ephèse ou les sources d’eau chaude de Pamukkale ».

Défis créateurs ?

Mais par dessus tout, l’influence fut spirituelle. Le parcours fut parsemé d’interrogations, de défis créateurs, faisant émerger invariablement nos critiques avant … notre esprit critique ! Morceaux choisis : Mme Génicot, professeur de Français en 4ème année, nous demande d’écrire, en toute simplicité, un bref roman … d’une quarantaine de pages (Nous, l’air étonnés). Philippe Poncin, professeur de Français en 5ème année, nous suggère d’écrire un poème amoureux en nous inspirant du poème « L’alcôve » de Baudelaire – rien que ça – (Nous, en état de stupeur). Mais c’est sans compter Yvon Rollin, professeur de Français en rhéto, qui nous interroge : « Pourriez-vous réaliser, sur base de ce court extrait d’ « A la recherche du temps perdu » de Proust, l’analyse psychologique et philosophique du personnage ? ». Grosso modo, dans cet extrait, on peut lire en l’espace d’une petite dizaine de pages que le héros joue avec des cailloux, le clocher de son village se profilant au loin (Nous, confondus de perplexité).

Alors, pour comprendre…

Je me suis donc inscrite un jour de septembre « en psycho », comme on le disait à l’époque de la masse de centaines d’étudiants qui se lançaient dans la filière en quête de réponses à leurs questions – tiens ?. Après deux candidatures et autres joyeusetés, les premières pistes de réponse se sont esquissées au cours de mes deux longs stages, le premier dans une unité de soins psychiatriques dans la région liégeoise, le second dans l’Unité de Revalidation Neuropsychologique pour adultes du service de Neurologie du CHU-Brüll, où j’ai été engagée en 2002.


Et la «neuropsycho», ça consiste en quoi ?...

Plus sérieusement maintenant, mon travail en tant que neuropsychologue consiste à dresser un « bilan neuropsychologique » qui, à l’aide de tests spécifiques, permet d’évaluer l’intégrité des différentes fonctions cognitives que sont la mémoire (mémoire de travail, mémoire épisodique, mémoire sémantique, mémoire procédurale, mémoire implicite), l’attention, les capacités de planification et de raisonnement. Ce bilan est réalisé soit chez des personnes ayant subi des dommages neurologiques suite à un traumatisme crânien (commotions cérébrales avec ou sans lésions cérébrales) ou un accident vasculaire cérébral (hémorragies cérébrales, ruptures d’anévrismes), soit chez des personnes présentant des troubles neurologiques dégénératifs tels que les syndromes démentiels (ex : Alzheimer, démences fronto-temporales, etc.). Dans ce dernier cas, le bilan permet de détecter de manière précoce le profil spécifique de troubles cognitifs qui constitue un marqueur comportemental de la maladie, pour laquelle on ne dispose toujours pas de marqueurs biologiques facilement utilisables. Une évaluation cognitive complète est essentielle dans la prise en charge précoce de la maladie et permet d’orienter le patient vers un traitement pharmacologique et une prise en charge neuropsychologique, qui visent non pas à guérir mais à stabiliser les troubles et à maintenir un niveau de dignité et d’autonomie le plus longtemps possible chez ces personnes.
Dans le cas de personnes souffrant de lésions cérébrales acquises, une évaluation neuropsychologique exhaustive met en lumière les déficits spécifiques mais également les fonctions cognitives préservées. Sur cette base, mon travail consiste à mettre sur pied une revalidation neuropsychologique qui comprend la réalisation d’exercices cognitifs variés et écologiques, l’apprentissage de stratégies (visuelles, verbales), de moyens mnémotechniques qui permettent de consolider la mémorisation, et l’utilisation d’outils concrets (agenda, journalier, check-liste) qui permettent de contourner les difficultés cognitives au quotidien. Le but est d’aider la personne à retrouver un épanouissement dans la vie de tous les jours et à se réinsérer progressivement sur le plan professionnel.

Ce travail me parle et me mobilise parce que ce que nous mémorisons de nos vies, ce que nous rappelons chacun de manière éminemment personnelle participe à notre sentiment d’identité. D’un même événement, chacun a finalement sa version de l’histoire, reconstruite, focalisée sur tel ou tel élément, en images ou en mots, comme mes souvenirs de St-Roch … Ceux qui perdent momentanément ou définitivement cette capacité à mémoriser ce qu’ils vivent, perdent un peu de cette identité. Ces souvenirs personnalisés imprimés en chacun de nous font la richesse des rencontres tout au long de nos vies. Et en ce qui me concerne, ces souvenirs m’ont soutenue, sans pour autant m’apaiser, dans les moments douloureux.

Pour terminer sur une note plus légère, savez-vous que je suis la première femme à qui l’instigateur de cette rubrique propose de décrire son parcours. Oserais-je dire qu’il a la mémoire, humm, … courte ?

Alors Philippe, voici une check-liste très facile à utiliser qui te permettra de contacter d’autres représentantes de la maison – de ma promotion – pour perpétuer cette rubrique à la manière de « Que sont-ils/elles devenu(e)s » ? :Virginie Adam, Anne-Julie André, Bénédicte Bonten, Nathalie Chesnoy, Sabine Collins, Anne Couché, Isabelle Cuda, Isabelle Custers, Isabelle Dechevis, Nathalie Dekeyser, Nancy Detry, Stéphanie Flamaxhe, Cathy Gehenot, France Gehenot, Julie Gustin, Anne-Christine Huart, Christine Huet, Christine Jacquemart, Stéphanie Lejeune, Séverine Livin, Laetitia Magnée, Christine Marchal, Marie Neuforge, Julie Renard, Christine Stoffels, Catherine Vauchel. J’espère n’oublier personne…

Géraldine Lepuits

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