Saint-Roch Ferrières Saint-Roch Ferrières Photo Saint-Roch Ferrières

Sélection Echos décembre 2009

Les Echos de décembre...

Entre Noël et Nouvel An les Echos n° 4 auront trouvé le chemin des boîtes aux lettres...

Si tel n'était pas votre cas, voici pour information quelques extraits de l'édition de 24 pages...allant du texte de M Yvon Rollin, consacré à Philippe Poncin, jusqu'à la revue de presse de M Paul Villers évoquant Guy Theunissen (rh 81), Laurent Kaye (81), Dr Jenny De Flines (rh 95), Florence Bonfond (3e), Antonin Kremer (rh 07), Benoît Denis (rh 88), Ariste Wauters, Axel Hervelle (rh 01), J.-Pierre Stassen (rh 74), Etienne Bouillon (rh 78) et l'abbé P Flas...

Mais aussi des contributions de Galien Grosjean (rh 09), Laetitia Lesenfants (rh 99), Jean-Paul Boulanger (rh 69), Georges Ernst (rh 68) ainsi que Ch.-Edouard Beyne (rh 89), Paul Rouxhet (rh 59), Auguste Fourneau (rh 49), Jean-Luc Lepièce (rh 66), un petit retour en arrière de M Richard Bodéüs sur les métamorphoses de Saint-Roch et, enfin, un bel écho de la fête du 25 octobre sous la plume du directeur de Saint-Roch, M Benoît Dardenne.

Le carnet familial, li bilèt dè vi sot, les jeux, le Saint-Roch d'aujourd'hui illustré par Philco et (dans "Anecdoctes" ) un très sympathique témoignage de Christian Jacquet, professeur de latin à Saint-Roch dans les années 90, complètent cet aperçu...

Philippe Poncin...

Ce vendredi 7 décembre, nous étions trois ou quatre amis de Philippe, autour de lui, dans notre cave, que d’aucuns prétendent être une salle des profs. On se connaît depuis si longtemps qu’on percevait ce jour-là chez Philippe une secrète fragilité. Alors l’un de nous lui a demandé quel était le sujet de son dernier cours. Et Philippe de répondre avec sa vivacité et sa netteté connues : «Rimbaud» !

Nous avons souri. Il est bien resté le même. Le jeune homme arrivé ici il y a 35 ans ne se différencie guère de celui que nous fêtons aujourd’hui.

C’est le même qui aurait pu écrire, comme Rimbaud, à propos des bourgeois de Charleville (pas ceux de Saint-Roch):

Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

C’est vrai qu’on ne peut plus confondre l’adolescent fougueux qu’était Rimbaud quand il a écrit cette strophe, avec notre bibliothécaire : vous le voyez, il a le maintien élégant des bourgeois dont il s’est lui aussi moqué; il en a aussi les rondeurs. Mais dans son coeur, c’est toujours la même force; dans son intelligence, c’est toujours la même curiosité. (...)
(Pour ses amis, Yvon Rollin. 20 décembre 2007)

Parcours ...

Galien Grosjean,
rh 09

Des dizaines de têtes blondes au ventre noué s’entassent dans cette grande salle inconnue. La plupart sont accompagnés par papa et maman. Soudain, une voix domine le tumulte et la foule se masse près d’un escalier en béton pour assister au discours de bienvenue. Ce sera peut-être le même chaque année, mais toutes les petites oreilles se tendent, espérant savoir enfin ce que cette journée leur réserve. Puis quelqu’un cite des noms, et tout ce petit monde dit au revoir à ses parents pour se regrouper au compte-gouttes. On se dit bonjour, on retient un nom ou l’autre.
La suite se passe très vite. On lit deux bouquins, remplit trois cahiers, mange un boulet frites et voilà déjà un nouveau discours. Chacun lui accorde une oreille et jette en même temps un œil à ceux qui l’entourent. Leur nombre a diminué, leurs têtes sont plus loin du sol, mais impossible de ne pas se rappeler comme ils étaient timides et fascinés au premier jour. Maintenant, plus rien ne les impressionne. Ils ne se perdent plus dans les couloirs, connaissent toutes les ficelles et les prénoms des profs. Mais ils dissimulent, derrière cet air serein et cette aisance totale, l’ombre d’une crainte qui naît en eux. Ils savent être à la veille d’un nouveau départ. Les vacances, qu’elles durent trois mois ou un an, fileront comme une tranche de mozzarella fondue. (...)



Laetitia Lesenfants, rh 99,
enseignante et photographe amateur

28 ans, je vis à Liège, quartier Sainte-Marguerite, avec Alexandre Gilles. Ensemble depuis 1998, nous nous sommes mariés ce 10/01/2009. Une petite nénette arrivera en février 2010.

Etudes :
Ingénieur de gestion à l’Ecole d’Administration des Affaires et agrégée de l’ULG

Travail actuel:
Enseignante dans le secondaire professionnel : j’enseigne la gestion à de futurs patrons coiffeurs à l’Institut Maria Goretti (Angleur)
Indépendante complémentaire comme photographe

Originaire de Comblain-Fairon, je passe ma jeunesse dans la pure campagne (pas une boulangerie à l’horizon). J’ai
« atterri » à Saint-Roch, car mon papa en avait entendu beaucoup de bien…
Ensuite, Saint-Roch m’a énormément marquée surtout sur le plan humain :
-Paris en 2ème, avec cette bande de profs super sympas qui nous fit découvrir cette jolie capitale
-Londres en 5ème, où on logeait par 2 ou 3 chez l’habitant… La dame qui nous accueillait était passionnée par son fils (normal, direz-vous), elle nous a tout expliqué de lui (c’était très intéressant mais il fallait se concentrer, et oui, elle parlait anglais et nous étions très fatiguées). Je me souviens surtout aussi du biscuit « Petit Prince » que notre hôte avait mis dans notre lunch box… je me réjouissais de…quand, en le croquant, je me suis aperçue que l’intérieur n’était pas du chocolat mais de la menthe ! Ha, ces British !
-Les retraites, tant religieuse que sociale : où on a pu (se) découvrir… C’est souvent lors de ces retraites que j’ai pu sortir de ma tenace timidité… j’ai appris à aller vers les autres… que de bons souvenirs !
-Les 24h de natation : rien que d’y penser je sens encore le chlore de cette journée très intensive mais tellement riche d’émotions, de sport, d’amitié !
-La corrida
-Le cirque pendant les grèves de 1996: à nouveau, cette période m’a permis de faire de nouvelles connaissances… j’ai découvert des personnes que je n’aurais jamais approchées « en temps normal»… cette période m’a donné énormément de confiance…
-Mes ancrages « profs » : M. Baijot pour son calme et sa bienveillance. M. Bonten pour son côté rassurant (ça doit être la barbe ;-)), son sens de la valorisation des étudiants et sa British passion pour le « English language». Mme Gustin pour son dynamisme (je la vois encore taper dans les mains pour s’assurer que l’on soit bien éveillé), son sens critique qu’elle a su nous transmettre (ça énerve d’ailleurs souvent mes proches, mais j’adore) et sa discipline. M. Georges pour ses anecdotes, sa passion pour enseigner cette magnifique matière (ma préférée, je crois) qu’est le latin et son idée de nous avoir poussés à faire deux travaux que j’ai adoré réaliser : décrire un objet qui nous tient à cœur (j’avais choisi des « presse-livres » réalisés par mon papa durant ses études de menuiserie) et un artiste qu’on appréciait (j’avais choisi Jérôme Bosch).
M. Stoffels pour son côté déconcertant, dynamique (si on parlait, il sautait sur notre table) et intransigeant… et enfin, M. Duysinx chez qui j’ai atterri par « hasard »… et oui, m’étant inscrite le 1er jour de la rentrée, j’ai été versée dans la classe 1A et je pense que le destin a bien fait les choses… tout mon avenir y est lié ! En effet, découverte de « Hamoir » avec le groupe de flûtes à bec et rencontre de la cousine de mon futur mari! Si je n’avais pas été dans cette classe, rien aujourd’hui ne serait pareil… comme quoi ! (...)



Jean-Paul Boulanger, rh 69


Un an après avoir quitté Saint Roch en juin 1969, j’entrais à l’Institut d’Agriculture de l’Etat à Huy, et quatre ans plus tard, j’obtenais un diplôme d’Ingénieur Technicien en Agriculture, section tropicale. J’étais à l’époque on ne peut plus motivé et comme la plupart des jeunes de mon âge, animé d’un idéal résistant à toute épreuve. Avec un brin de chance, j’obtenais en juin 1975 un poste d’expert associé dans un projet FAO d’aménagement des bassins versants à Chiang Mai, au nord de la Thaïlande où, pendant trois ans, je m’initiais aux techniques d’amélioration des forêts et de la gestion de pépinières forestières.

Après avoir exercé diverses activités en Belgique, j’étais recruté en janvier 1984 par le Secrétariat du Mékong, un organisme basé à Bangkok, pour assurer la gestion d’un modeste projet pilote EU d’aménagement des bassins à Luang Prabang, petite ville au centre du Laos. A cette époque, le Laos était sous le giron soviétique et la vie était loin d’y être facile. J’étais un des rares occidentaux à séjourner dans la ville parmi les conseillers cubains ou russes. La navette entre Luang Prabang et Vientiane, la capitale, se faisait le plus souvent dans des Antonov 26, de petits avions de transport soviétiques dans lesquels les passagers étaient pressés sur deux rangées de banquettes parallèles à la carlingue tout en s’agrippant à un câble en acier, et où bagages et petits animaux étaient entassés pêle-mêle dans l’allée centrale. Parmi les nombreux souvenirs qui me reviennent en mémoire, je repense à mon arrestation le second jour de mon arrivée dans le pays pour avoir circulé à vélo sur l’aéroport militaire de Vientiane; j’avais été enfermé pendant 24 heures dans un local du ministère de l’Intérieur après une fouille minutieuse et un interrogatoire digne d’un film d’espionnage. Je revois aussi les voyages en petit bateau sur le Mékong, à Luang Prabang, en compagnie des personnalités locales et occidentales qui complétaient la visite du projet par un tour dans cette ville superbe, avec l’ancien palais royal, les nombreux temples bouddhiques, ou les vieilles bâtisses de l’époque coloniale.

En 1989, j’effectuais plusieurs missions dans un programme de lutte contre la culture du pavot à opium au nord de la province de Vientiane. L’année suivante, je retournais à Luang Prabang comme conseiller agricole dans un projet UE de développement rural. Je logeais alors dans une jolie maisonnette que j’avais fait construire entièrement en bois avec une vue superbe sur le Mékong.

Mon expérience dans les cultures de substitution m’a conduit fin 1991 en Birmanie (aujourd’hui Myanmar) pour assurer la gestion sur le terrain d’un projet de remplacement de la culture du pavot dans les régions frontalières de l’Etat Shan. Ces régions étaient contrôlées par des milices locales qui finançaient leurs armées par le trafic de l’héroïne produite après le traitement du pavot. Sous la pression des puissances occidentales qui souhaitaient réduire et, à terme, supprimer la culture du pavot dans la région, le Gouvernement Birman avait entrepris des négociations avec ces milices. Le projet, financé et exécuté par le Programme des Nations Unies pour le Contrôle de la Drogue (UNDCP), couvrait deux zones pilotes distantes de quelques 300 kilomètres, l’une à proximité de la frontière avec la Chine, l’autre en bordure de la frontière Thaïlandaise et reliées entre elles par des pistes qui se transformaient en bourbier durant la saison des pluies.

Durant trois ans, j’étais le seul occidental autorisé à résider et à circuler dans les régions de collines de l’Etat Shan. Tous mes déplacements étaient étroitement surveillés par les autorités birmanes. En particulier, le long de la frontière Thaïlandaise, contrôlée par Khun Sa, trafiquant notoire, où vingt villages pilotes avaient été sélectionnés. Les autorités ne voulant prendre aucun risque, chacune de mes missions mobilisait une vingtaine de militaires, une dizaine de policiers, sans compter un agent des services secrets chargé de rapporter le moindre de mes mouvements. Difficile d’effectuer un travail efficace dans ces conditions. Outre ces expéditions pédestres, mes souvenirs de Birmanie se comptent par centaines. Je souris encore en pensant au jogging que je faisais parfois le week-end dans la petite ville de Tachilek sur la frontière Thaïlandaise, escorté par deux policiers à motocyclette, écartant d’un geste tout indigène qui tentait de m’adresser la parole et soulevant péniblement leur moto par dessus des obstacles que je franchissais d’un bond. (...)

Quand un rhéto 68 rencontre un rhéto 89 : une bonne affaire !
Georges Ernst et Charles-Edouard Beyne

Printemps 2007 : heure de la pause de midi, une pizzeria de quartier à Sint-Pieters-Leeuw.
Deux clients viennent prendre leur collation afin d’échapper quelques instants aux contraintes du boulot.
Deux clients solitaires ; que peuvent -ils
faire en attendant leur repas respectif, sinon échanger quelques propos avec leur compagnon de fortune ?
En commençant la conversation, nous nous découvrons rapidement quelques points communs :
-Nous sommes l’un et l’autre responsable d’entreprise, actives dans le même secteur des fabrications métalliques.
-Nos entreprises sont proches géographiquement – à moins de deux kilomètres de distance
-Nous habitons chacun dans des villages voisins, au cœur du Brabant Wallon, à près de 50 km de nos entreprises.
-Nous avons la même formation universitaire -ingénieur civil, suivie dans la même université- à Liège.


En poursuivant la discussion, Charles Edouard m’informe qu’il a effectué ses études secondaires dans un collège, comme interne, en Ardenne. Ma question fuse immédiatement : n’est ce pas à Saint-Roch, par hasard !! Et oui : les hasards de la vie sont tels que deux anciens Saint-Rochîs, qui ne se connaissaient pas – nous avons usé nos culottes sur les mêmes bancs à 20 ans d’intervalle- se rencontrent dans une petite gargote en Brabant flamand !!

Cette rencontre nous a permis de développer des relations commerciales régulières qui se poursuivent assidûment depuis ce premier contact.(g.ernst@vdbinstallation.be, wwww.wauters-id.be) Lors de nos rencontres régulières, nous ne manquons pas d’évoquer la période que nous avons passée entre les murs de Saint-Roch et de tenter de retrouver des personnes que nous avons connues l’un et l’autre bien qu’une génération nous sépare.
C’est par ces évocations que nous nous sommes rendu compte que nous connaissions l’un et l’autre Mathieu Bonten, un comme ancien condisciple depuis l’école primaire d’Aubel, l’autre comme professeur de langues.
Conclusion : Etre Saint-Rochîs permet d’ouvrir des portes, même après des années. C’est une expérience incomparable qui est partagée avec ceux qui l’ont connue.
Georges Ernst, rh 68.


Un de la centième rhétorique


Nous découvrons avec plaisir et intérêt la suite de la chronique (recueillie par Paul Villers) de Paul Rouxhet (rh 59) Prof Emérite de l’UCL qui nous entretient avec attachement de la rhéto...sortie 100 ans après la 1ère... Comme Céline Ernst (rh 2000), votre enfant l’aura peut-être apprécié comme professeur. Fin (provisoire ?) dans le numéro de mars...


Et puis 50 années
A la fin des humanités vint l’heure du choix. Je décidai, à la surprise de certains, que la vie religieuse n’était pas pour moi. Je n’avais pas d’attrait pour la littérature ; mes humanités latin-grec ne me donnaient qu’un bagage moyen en mathématiques ; j’avais un attrait pour les sciences naturelles, mais la vision que j’avais de la chimie me faisait penser que c’était bien trop compliqué pour moi. J’étais attaché à mes racines et sensible à ce que la science pouvait apporter au monde agricole, lequel allait effectivement connaître une profonde évolution. J’ai donc décidé de faire l’agronomie à l’UCL, avec un peu d’inquiétude car le conseiller en psychopédagogie pensait que, peut-être, des études à caractère plus technique me conviendraient mieux.
La première candidature fut marquée par la découverte prudente et parfois étonnée de la vie universitaire, par un travail intense et quelque peu stressé. Sa conclusion par de très beaux résultats avait été préparée par un blocus passé dans le havre de St-Roch et me laisse le souvenir de soulagement le plus intense que j’aie connu. La seconde candidature fut faite d’émerveillement devant la connaissance ; je pris goût à la chimie. Partagé entre ce goût et mon intérêt pour la biologie, je pris l’orientation analogue à ce que l’on appelle maintenant Bio-ingénieur avec spécialisation en Chimie, les plus belles études qui soient, exigeantes certes mais si riches par la formation d’ingénieur, la connaissance du vivant et la compréhension des choses à l’échelle des molécules.
Mon travail de fin d’études m’a fait découvrir la recherche scientifique et je suis resté accro à ce cocktail fait de questionnement et d’action, d’imagination et de rigueur, de communication avec les pairs. Il peut plonger dans des abîmes de perplexité et parfois d’inquiétude ; il donne aussi de grandes joies: plaisir du jeu intellectuel, découverte de l’inconnu, satisfaction d’être utile, chaleur du compagnonnage … et parfois cet enchantement quelque peu narcissique d’être le premier quelque part. Après 45 ans, donner un sens à des mesures chimiques et ainsi les rendre utiles m’amuse toujours bien plus que n’importe quel jeu de société. Dès la fin de mes études, j’eus l’occasion de passer un an dans un laboratoire d’une université américaine ; un autre grand dépaysement après mon arrivée à St-Roch et mon arrivée à Leuven. La thèse de doctorat était naturellement le point de passage démontrant une « capacité à mener une recherche autonome ». J’ai ensuite bénéficié d’un mandat du Fonds National de la Recherche Scientifique ; à 28 ans je commençais à donner cours et, un peu plus tard, j’entrais dans la carrière de professeur à l’UCL, au terme de laquelle je suis arrivé en 2007. (...)



«Anecdoctes» ...


Vos maîtres…ils vous ont beaucoup donné : leur enthousiasme, leur savoir, leur sagesse, leur doute aussi ! Nous avions pensé que vous auriez aimé les retrouver…
Bis repetita ? Soit ! Avec le côté léger cette fois, si léger qu’il aurait pu vous échapper…même à vous !

Après le Padre, suivi d’Arnaud Bruyère, un jeune professeur d’histoire qui nous quittait en 2005, Freddy Léonard, un des premiers professeurs d’histoire pc (post clergé), voici Christian Jacquet, un autre maître parti trop tôt de chez nous pour faire les beaux jours du Collège de Herve. Christian nous dit avec sa gentillesse coutumière avoir tant appris chez nous...alors qu’il nous a tant appris par sa disponibilité, son écoute et son attention, ses interventions constructives et bien fondées...


Quand Mat Bonten m’a téléphoné, il faisait déjà noir. Le noir de ces sombres et pluvieuses journées d’automne qui sont propices à susciter la mélancolie. Mais il me proposa de tamiser, le temps d’une lointaine étincelle, avec ce qui allait être l’occasion d’un retour vers le passé.

Pour l’occasion, revêtons le manteau ici léger de la nostalgie.

C’est en janvier 1991 que j’ai débarqué à St Roch, bien peu expérimenté encore des choses de l’enseignement. Tout commençait bien ; engoncé dans un confortable fauteuil, à Rouge Minière, dans la chaumière ardennaise (de cœur) de Jean-Marie Deroanne (plus tard, il serait Jimmy mais, pour l’heure, il était Monsieur-le-Coordonnateur-des-langues-anciennes-chargé-par-monsieur-le-directeur-Halin-absent-d’engager-un-prof-de-latin). Accompagnant son Coo, un sage aux cheveux blancs et aux yeux voyageurs, « le bon Baijot » (pour plagier un éminent romaniste St Rochi). Tous deux, après enquête minutieuse, me déclarèrent bon pour le service comme « professeur de latin dans une équipe soucieuse de dynamisme », à condition de prester aussi quelques heures de surveillance bénévole à l’internat alors très réputé.

Etre prof de latin à St Roch en ce temps-là, monsieur, c’était rencontrer, dans le bureau « des classiques », notre maître à tous André Baijot. Travailleur infatigable, il corrigeait ses piles de cahiers et aimait faire traduire, traduire... C’était aussi croiser l’impressionnante rigueur de Marie Bernard-Curvers et le souci de Jean-Marie Deroanne de rendre les cours actuels (te souviens-tu, Jimmy, du concours sur l’Antiquité organisé à Seraing, avec son week-end de préparation à Charneux...). C’était aussi voir les vestes en jeans et entendre les
« bebopeloola » de l’enthousiaste Jean-Louis Georges (« Jeanlou »). C’était enfin savourer le relativisme de François
(« Chounet ») Bodarwé. Aujourd’hui, à la retraite ou sous d’autres cieux, ils s’en sont allés, seul Jean-Louis il est resté. Aujourd’hui, j’essaie toujours d’être rigoureux, j’aime toujours beaucoup faire traduire et encore traduire, interroger régulièrement, organiser des « soupers romains », rendre le latin vivant à chaque heure de cours et ... relativiser les difficultés que rencontrent des professeurs d’option comme la nôtre. L’équipe, notre équipe, est toujours bien là.

Avoir été « aidant » à l’internat, c’est se souvenir des chambards généralisés qui se terminaient par des tours de piste dans la cour, des heures d’étude à surveiller (ayant eu la chance de repérer, lors de ma première surveillance de ce type, le lanceur de « tchouquets » qui me testait, j’ai pu l’ « atomiser » et gagner pour longtemps le respect du calme pendant « mes » études), des soupers et soirées passées avec les « éducs » et internes; je citerai Jean-Pierre Pire (le pèlerinage en vélo en Pologne, alors que se déroulait la retraite des troupes soviétiques de leurs bases dans ce pays : je faisais l’ intendance) et Pierre-Emmanuel Paulis, toujours passionné de fusées (il y avait à la TV la première guerre du Golfe et les missiles Tomahawk).

Etre à St Roch c’était aussi difficile (cela l’est toujours, fort heureusement) d’éviter de tomber sur Louis Sevrin. (...)



Auguste Fourneau, rh 49

Pour imaginer les apollons que nous fûmes en ces lieux de Bernardfagne, le lecteur voudra bien faire l’effort de reculer de soixante années les aiguilles du temps. Un tiers donc de l’espace séparant son aujourd’hui de l’indépendance nationale !
Non, non, ce n’est pas des journées du patrimoine qu’il va être question, mais bien de la grande rencontre à Saint-Roch, le 25 octobre 2009, des rhétos des années 9, dont nous sommes les doyens.
Premières retrouvailles dans la cour d’honneur. Elle n’a pas changé, cette cour d’honneur, depuis qu’on y photographiait notre jeunesse. Elle est même presque aussi défraîchie que nous. L’aile gauche spécialement, celle qui abritait d’invisibles demoiselles qui éveillaient, dans les classes et le dortoir d’en face, les fantasmes de puceaux prisonniers du puritanisme. Même si le logis de ces insaisissables sylphides tombe en lambeaux, leur évocation n’en est pas moins émoustillante. Allumés par ce réveil, nous voilà regardant défiler un convoi de souvenirs si interminable que nous ratons la visite guidée des bâtiments que nous avions tant souhaité revoir. Consolation : le bégaiement des incendies a sans doute détruit l’essentiel des murs qui nous abritèrent.
De consolation en consolation, nous voilà invités à cesser nos palabres pour assister à la messe. Un ravissement : « Après des siècles d’esclavage », l’office austère du vieux Saint-Roch a évolué en une fraternelle eucharistie présidée par le bon sourire de l’abbé Villers.
Accueil chaleureux du tout autant souriant M. Bonten, président du comité des anciens. Un mot du jeune directeur aussi sémillant que le nôtre était solennel… et l’on se met lourdement en marche, marquant l’arrêt à chaque angle des couloirs pour y faire revivre des fantômes. Objectif : le réfectoire, paraît-il.
Réfectoire ? Allons donc : c’est d’un restaurant qu’il s’agit ! Révolu le temps de la boulette- frites : un impeccable banquet nous y est servi. Ajoutez-y le bonheur des conversations diluées dans quelques Saint-Emilion et le banquet devient festin.
A la table millésimée 1949, on trouve – en plus de deux épouses – onze condisciples. Tout juste de quoi composer illico une équipe de football. Par ordre alphabétique (inutile de préciser les positions sur le terrain : à notre stade, tous les joueurs sont interchangeables) : Jacques Baré, Paul Bastin, Armand Burette, Auguste Fourneau, Jean-Marie Gelin, Luc Guffens, Christian Pierlot, Jacques Rasschaert, Jean Troisfontaines, Maurice Troisfontaines, Paul Xhenseval. Quand, dans son aimable speech, M. Bonten en arrive à évoquer cette cuvée, c’est notamment pour remercier Armand de rester le pilote patriarcal du groupe, et, Auguste d’avoir confié ses souvenirs de collégien aux Echos qui les ont publiés par épisodes ; le récit ayant plu, dit-il, le comité les a réunis en un recueil disponible sur place. L’auteur se voit offrir un tableau extrait de la superbe exposition d’Eloi Magnette et représentant un coin de Bernardfagne. Aussi ému que reconnaissant, le scribouillard ! (...)


Le 25 octobre 2009 et les 66



Joseph Arki, Gérard Dorthu et son épouse Marie-Thérèse, Jean-Luc Lepièce, Francis Mulder, Jean Nicolaï et son épouse Solange, Jean-Marie Simon, Raymond Spronck et son épouse Anne-Marie, Léopold Vanguestaine et son épouse Marie-Thérèse.

Cette liste de noms (par ordre alphabétique) fait penser à un PV de Conseil d’administration. Je n’ai pas d’autre but cependant que d’essayer de nous relier à ceux de la Rhéto 66 qui nous ont exprimé l’intérêt qu’ils portaient à la rencontre de ce jour.
Certains n’ont pu venir suite à un problème de santé (personnel ou d’un de leurs proches), un empêchement de dernière minute, un engagement pris de longue date ou tout simplement un éloignement géographique (n’est-ce pas Richard Bodéüs ? Nous lis-tu du Canada?) Qu’ils sachent tous que nous n’avons pas eu l’impression de constituer une élite : vous avez été présents dans nos esprits: en témoignent la simple évocation de vos noms, les anecdotes vous concernant, la relation de vos frasques (il y a prescription, rappelons-le !) sans jamais nous départir d’une pensée bienveillante pour vous.

La journée commence par la traversée de la cour d’honneur : quelques rencontres … Personne ne songe à évoquer le poivre et sel des cheveux, leur rareté ou leur absence . On se reconnaît plus ou moins. Si la séparation a été courte, la chose va de soi, sinon c’est le plaisir de la devinette couronnée assez vite de succès. Notre ancienne salle de gymnastique (construite en 1965, c’est-à-dire après les deux incendies) servira de lieu pour la célébration : déjà, je revois en pensée les figures de MM.Simonis et Vanguestaine, nos professeurs de gymnastique. Que de souvenirs également en songeant à la chapelle de Saint-Roch aujourd’hui disparue, à cette odeur de cire froide qui vous saisissait dès l’entrée, au silence que nous découvrions si nous y pénétrions seuls. Souvenirs également en songeant à ces répétitions de chant avec les abbés Duysinx et Altdorf. Elles avaient lieu le jeudi au moment où l’odeur des frites venait aiguiser sinon notre voix du moins notre appétit. (...)


Echos d'échos


Monseigneur,
Monsieur le Directeur,
Mesdames, Messieurs,
Chers Anciens,

C’était au mois d’août dernier. J’assurais un dimanche mon rôle de garde au Petit Séminaire, quand un Monsieur se présente « Je m’appelle Gilbert, dit-il avec embarras. C’est moi qui ai peint, en 1953, dans l’abside de la chapelle, les symboles de la Foi, de l’Espérance et de la Charité. J’aimerais, avec votre permission, pouvoir jeter un coup d’oeil sur ces toiles. Auriez-vous l’obligeance de m’indiquer par où l’on peut entrer dans la chapelle? »
Hé oui ! Celui-là, quel qu’il soit, qui revient aujourd’hui à Saint-Roch après vingt ans d’absence, n’y retrouve plus les allées familières qui ont guidé ses pas. C’est un nouveau dédale, où l’on ne s’oriente guère sans fil d’Ariane. Et les métamorphoses innombrables, succédant au double incendie de 1964, paraissent n’avoir laissés intacts du passé que de rares vestiges, juste de quoi donner le change ou rassurer le visiteur qu’il ne s’est pas trompé d’adresse.
Et encore, les transformations matérielles, partout visibles, ne sont-elles rien au regard d’autres transformations, celles-là moins visibles au premier abord, qui affectent la vie et l’organisation de la maison.

Lorsque j’étais moi-même élève, précisément au début des années soixante, à l’heure où le Concile Vatican II promulguait ses premiers décrets de pastorale, qui soulevaient chez nous, adolescents frondeurs, l’espoir de voir secouer la poussière d’un cléricalisme à nos yeux désuet, j’étais à mille lieux de me douter que nous serions un jour aussi généreusement comblés : les prêtres ont fui, toujours plus vite et toujours plus nombreux à mesure que le temps passait ; ceux-là qui sont restés ont jeté la soutane, déserté la chapelle et, sans l’oeil exercé des familiers de la maison, il est bien malaisé de les sortir du rang où ils tendent à se fondre. Messieurs Van Even, Orban, Kersten, Paulis et autres laïcs, simples auxiliaires des cohortes d’ecclésiastiques, vous avez votre revanche. (...) R. Bodéüs

Revue de presse de Monsieur P. Villers
Scène

Hommage aux femmes d’ici et d’ailleurs, sujet casse-gueule, l’excision est au centre de «L’initiatrice» de Pietro Pizutti («Le Public», Bruxelles)
Evitant la dénonciation, cette pièce sensible et délicate évoque la tradition, la loi, les rites, les cultures, les peurs.
«Est-ce qu’un homme peut comprendre cela avec pertinence? En lisant les mots de Pizutti, je me suis dit que oui. Il me restait à mettre en corps les mots que l’auteur a tracés et à mettre en mots deux corps de femmes, une Belge et une Africaine. Mystère et sensualité.», écrit le metteur en scène Guy THEUNISSEN (SA ! 81). Les lumières feutrées de Laurent KAYE (3ème 81), frère d’Olivier (rhéto 80), épousent avec tendresse les corps du duo d’actrices.
Diplômé en psychologie sociale, Guy THEUNISSEN a suivi une formation en art dramatique au conservatoire de Liège qu’il perfectionnera dans de nombreux ateliers internationaux (France, Québec, Afrique Equatoriale). En 1988, il crée sa propre compagnie, la «Compagnie des Vilains». Ses nombreuses participations dans le domaine du spectacle touchent à des domaines très variés : théâtre «classique», techniques de la marionnette, du masque, de la danse contemporaine, cinéma.
Ancien de l’INSAS, Laurent KAYE a choisi d’être «créateur de lumière», un métier qui se fait dans l’ombre, et à qui le spectateur doit de voir et de ressentir ce qui se passe sur scène.












par Mat Bonten et Sophie Dispa
de la meme edition

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